Elles sont environ 2 000 femmes dans toute l’Espagne à se battre contre la précarité de leur secteur, exacerbée par la récente réforme du code du travail. Preuve de leur succès, une « loi Kellys » est en débat au Congrès des députés. Troisième volet de notre série sur les mouvements de précaires en Europe.

Elles ont entre 45 et 55 ans. Elles passent leurs journées à préparer des chambres d’hôtel, à faire les lits, à nettoyer les salles de bains, en mettant de l’ordre pour accueillir les touristes. Le tout pour la modique somme de 2,50 euros par chambre, peu importe le niveau de luxe de l’établissement.

Beaucoup d’entre elles travaillent par le biais de sociétés de sous-traitance, ce qui les prive de leurs droits les plus fondamentaux. Elles souffrent de problèmes de tendinites, d’usure du cartilage, de douleurs lombaires, de syndrome du canal carpien, de stress ou d’anxiété. Ce sont en majorité des femmes, qui forment un groupe vital, mais invisible, au bon fonctionnement du secteur touristique en Espagne.

Depuis quatre ans, certaines d’entre elles se font appeler Las Kellys. Une référence aux initiales de l’expression « Las que limpian los hoteles » (« Celles qui nettoient les hôtels », en espagnol). « Pendant longtemps nous avons été les grandes oubliées du secteur. Nous avons décidé de sortir de l’ombre car notre situation physique et mentale était insupportable », explique Eulalia Corralero, l’une des principales instigatrices de ce mouvement, devenu l’un des phénomènes militants les plus originaux de l’Espagne en crise.