Ils ont quitté leur pays, la Colombie, Cuba, la Bolivie, la République dominicaine, le Pérou. Certains sont partis pour des raisons économiques, d’autres pour des motifs politiques, pourtant tous se trouvent maintenant contraints de vivre dans la rue depuis leur expulsion d’un ancien entrepôt devenu un squat au début de l’année.  

« Quelqu’un peut m’aider à attraper Raphaël ? […] Les enfants ont réalisé qu’il est malade et ils veulent soigner son aile ! », soupire une jeune bénévole en cherchant entre les tentes le pigeon affaibli, baptisé « Raphaël » et devenu la mascotte des enfants du campement improvisé. Sous une bâche de plastique bleue, une demi-douzaine d’enfants courent entre les tentes, les matelas et les chaises installés dans la rue parallèle à la mairie de Saint-Ouen. Nourrir les pigeons et essayer de les attraper est devenu le passe-temps des plus jeunes enfants, une trentaine sur un total de 150 migrants, tous originaires d’Amérique du Sud. Ils sont contraints de vivre dans la rue depuis leur expulsion, mardi 30 juillet, d’un ancien entrepôt devenu un squat depuis le début de l’année. 

Situés au 111-113, rue Docteur-Bauer, d’anciens bureaux et entrepôts désaffectés abritaient près de 28 familles de migrants latino-américains. « On habitait dans l’entrepôt depuis six mois, raconte Chanel, qui a quitté la République dominicaine, son pays natal, en 2008. Quand je suis arrivée en France, j’habitais chez ma mère, au bout d‘un moment elle a dû rendre son appartement. Nous nous sommes retrouvés dehors. Puis, le pasteur de l’église m’a parlé d’emménager au squat. Quand nous sommes arrivés, c’était très sale, il y avait beaucoup d’ordures […]. Nous avons tout nettoyé et nous avons construit de vrais appartements, le peu qu’on avait, nous l’avons investi dans l’aménagement du squat. »

Le récit de Chanel, mère de deux enfants qui papillonnent à la recherche de jeux improvisés au milieu de l’allée audonienne, est appuyé par ses anciens voisins : « La cohabitation était “chévere” ! [expression latine qui signifie « très bien »]. Entre nous, on avait adapté les espaces, tout était propre, salubre. On avait même des extincteurs, car ils nous ont dit que c’était nécessaire pour notre sécurité et que cela pourrait jouer en notre faveur pour pouvoir rester tranquilles là-bas », soupire, indigné, Bryan Dominguez, migrant colombien de 19 ans. Il tient dans ses mains un cahier, le jeune homme vient de terminer son cours de français, dispensé par un volontaire qui, trois fois par semaine, se rend dans le campement pour leur apprendre la langue du pays, apprentissage devenu une « véritable priorité ». Avec ses parents et son frère cadet de 9 ans, Bryan Dominguez a quitté la ville de Cali il y a plus d’un an : « Nous sommes venus en France à la recherche d’un avenir meilleur, moi spécialement pour mes études, mon père est venu travailler ici pour m’offrir de bonnes études, car elles sont réputées », explique-t-il en dirigeant ses yeux vers son cahier.