Le gouvernement socialiste espagnol engagera vendredi les démarches administratives visant à exhumer le corps de l’ancien dictateur Franco. Si à gauche, la mesure fait l’unanimité, les partis de droite s’opposent à l’initiative, considérant qu’elle n’a aucun caractère d’urgence.
« Aucune démocratie ne peut se permettre d’avoir des monuments qui vantent une dictature, la nôtre non plus », a lancé Pedro Sánchez, chef du gouvernement socialiste espagnol, le 17 juillet dernier. La détermination de l’exécutif visant à exhumer Francisco Franco de son mausolée du « Valle de Los Caídos » s’est finalement traduite par l’approbation d’un décret-loi, voté vendredi 24 août par le conseil des ministres. Il s’agit de la première étape d’un long processus qui pourrait se prolonger jusqu’à la fin de l’année.
En juillet, après l’annonce de Sánchez, la famille du dictateur avait affiché sa ferme opposition à l’exhumation, en démentant tout pourparler avec le gouvernement. « C’est un mensonge qu’il y ait un accord avec la famille et c’est un mensonge qu’il y ait un accord avec les bénédictins [cette communauté possède une abbaye sur le site où est enterré Franco – ndlr], assurait au journal El Confidencial Francisco Franco Martínez-Bordiú, petit-fils de Franco. Juridiquement, c’est très compliqué, il y a beaucoup de parties impliquées. Le gouvernement dit qu’il le fera, mais avec la législation actuelle, cela est presque impossible. »
Sous la menace d’une éventuelle procédure judiciaire initiée par la famille Franco et d’un conflit potentiel avec l’Église – à plusieurs reprises, la famille de Franco a formulé des recours auprès du Vatican en évoquant le Concordat espagnol de 1953 qui protège, en théorie, la basilique où se trouve la tombe de Franco –, le gouvernement socialiste a donc opté pour la mise en place de ce décret-loi, qui doit être ratifié par le Congrès des députés dans le mois qui vient. La modification de la loi sur la « mémoire historique » de 2007 prévue à cette occasion devrait aussi éviter les recours susceptibles de retarder cette mesure emblématique.